À Ngoa Ekele, la gamelle de la débrouille


Entre deux amphis , les étudiants de l’Université de Yaoundé 1 inventent chaque jour leur cantine de fortune. Sur les trottoirs et dans les petites cours jouxtant la cité universitaire, omelettes, spaghettis sautés et beignets fument au rythme des portefeuilles serrés. Une alimentation de survie, savoureuse et sociale, qui dit long sur les réalités de la jeunesse camerounaise.
Face à la cherté des restaurants classiques et aux horaires limités du Resto de la cité U , la rue devient cuisine. À Ngoa Ekele, les “tatas” et quelques jeunes cuisiniers installent leurs fourneaux dès 6h dans des box. Leur spécialité ? Des spaghettis sautés à la tomate, oignon et épices, généreusement accompagnés d’omelettes. Le tout pour 500 à 1000francs CFA. Le calcul est vite fait : avec moins de 1 500 F, un étudiant peut manger deux fois par jour.
À côté des pâtes fumantes, les beignets – tiennent une place de choix. Vendus à 25 ou 50 F pièce, ils calent les petites faims entre deux cours de droit ou de lettres modernes. L’omelette, elle, se décline : seule, dans un morceau de pain, ou en garniture des spaghettis. Ces mets simples n’ont pas la prétention d’un plat équilibré, mais ils incarnent une forme de résistance : celle de ne pas sauter de repas malgré tout.
Au-delà du prix, cette alimentation de rue crée du lien. On se regroupe par petits cercles, assis sur des bancs en ciment ou même à même le sol. Les conversations tournent autour des partiels, des grèves, des amours compliquées. L’assiette en plastique devient un prétexte à la solidarité : on partage un beignet, on avance 200 francs à un camarade. C’est une économie informelle mais aussi une véritable culture de campus, où l’essentiel est de manger chaud et ensemble.
ANGE ETOGA


